← Art

Corps Flottants

Installations glacées dans cinq cellules
Journées du Patrimoine 2025

Lieu: Ancienne gendarmerie, caves — La Ferté-Milon, France
Commissaires de l’exposition: Taisiya Krugovykh, Vasily Bogatov

Concept de l’exposition

Le verbe « glacer », concernant une personne, peut vouloir dire être saisi·e, paralysé·e de froid. Il peut aussi signifier, au sens figuré, figer quelqu’un, le pétrifier sous l’effet d’un sentiment violent de peur ou d’horreur.

Lorsque nous, qui venons de Russie, avons visité la gendarmerie avec ses caves froides, nous n’avons pensé qu’à une seule chose : aux tortures, qui sont devenues la norme en Russie.

Si l’on fige dans la glace un objet, on l’empêche d’agir, de nuire. Mais cette suspension est temporaire, car la glace fond. La décongélation devient une redécouverte : une manière de faire revivre les souvenirs et la mémoire autour de ces objets.

Ce sont deux actions antinomiques et, en même temps, indissociables. Cela dit peut-être aussi une façon d’arracher ces objets à l’oubli des saisons qui se répètent en boucle.

Cave 1 — Résistance électrique thermoplongeante

En avril 2020, en Russie, Kejik Ondar, orphelin originaire de la République de Touva, est condamné à trois ans dans la colonie pénitentiaire n° 15 d’Angarsk pour le vol d’un cheval.

Au cours de son incarcération, il a été transféré par l’administration dans une cellule avec des « développeurs » pour le forcer à avouer un incendie lors d’une mutinerie. Ces derniers l’ont violé avec une résistance électrique en marche, provoquant la rupture de son intestin et de ses organes internes.

Depuis sa libération, Kejik Ondar vit dans un campement de bergers. Il porte une poche à stomie et se déplace avec difficulté, étant dans l’incapacité de travailler en raison des blessures causées par la torture.

Cave 2 — Seau

Ildar Dadin a participé à des actions pacifiques contre la guerre en Ukraine, contre la répression et les violences policières. Pour ces actions et d’autres auxquelles il a participé, il a été condamné en décembre 2015 à passer trois ans dans la colonie pénitentiaire n° 7 située en Carélie, au nord de la Russie.

Afin de mettre fin à ses activités politiques, les employés pénitentiaires de la colonie l’ont plongé dans l’eau des toilettes pour provoquer l’asphyxie et la terreur. Dans ses lettres, Ildar mentionnait les noyades dans un seau d’eau comme l’une des méthodes de torture et d’humiliation infligées aux prisonniers.

En mars 2022, après le début de la guerre russo-ukrainienne, Dadin a combattu aux côtés des forces armées ukrainiennes contre le régime de Poutine. Le 5 octobre 2024, au cours des combats près de Kharkiv en Ukraine, il a été tué.

Cave 3 — Lime

Natalia Vlasova, Ukrainienne née en 1981 :

« ... On m’a emmenée de nuit à Izolyatsia, une prison secrète de Donetsk sous contrôle russe, surnommée “l’usine de la mort” et dirigée par Evdokimov. J’ai demandé à être fusillée plutôt que d’être torturée, mais Evdokimov a répondu que je devais souffrir.

Il m’a limé les dents, m’a tordu les tétons et a essayé de m’enfoncer une bouteille entière dans le vagin. Je rappelle qu’il est considéré chez nous comme une victime. Pendant ce temps, ses assistants se sont mis à me frapper de tous côtés.

Quinze personnes sont venues pour avoir des relations sexuelles avec moi et, pour l’occasion, on m’a même emmenée sous la douche. En général, ils étaient en état d’ébriété.

Le plus effrayant, c’est qu’ils disaient savoir dans quelle crèche allait mon enfant. Ils menaçaient de lui apporter un jouet contenant du TNT. Je me doutais bien qu’ils étaient capables de tout. »

Le 24 décembre 2024, Natalia Vlasova a été accusée par un tribunal russe de terrorisme, d’espionnage et de préparation d’un attentat contre un employé pénitentiaire, Vasily Evdokimov. Elle a été condamnée à 18 ans et deux mois d’emprisonnement.

Cave 4 — Hymne national russe, coagulateur médical ou bouteille d’eau de 5 litres

Lorsque le soldat ukrainien blessé Andriy Pereverzev a été fait prisonnier et emmené dans un sous-sol, il a reçu un coup à la tête avec une bouteille en plastique de cinq litres remplie d’eau.

Quelques jours plus tard, il a été opéré afin de refermer ses plaies. À son réveil, il a découvert « Gloire à la Russie » ainsi que la lettre Z—symbole de soutien à l’armée russe—tatoués sur son ventre.

Il a ensuite été transféré dans une colonie pénitentiaire où, avec d’autres prisonniers, il était contraint de chanter l’hymne national russe.

Cave 5 — Une serpillière et un sac Burger King

Le 20 janvier 2025, des policiers à Moscou ont arrêté Magomed Magomedov et l’ont retenu de force au poste de police, le forçant à faire les aveux qu’ils voulaient.

Pour ce faire, ils l’ont frappé avec un pistolet électrique et lui ont enfoncé le manche d’un balai dans l’anus, tout en lui mettant un sac en papier de Burger King dans la bouche.

Lors de l’examen médical de la victime, un morceau de gant en caoutchouc utilisé pour le sodomiser est tombé de son anus.

La direction de la police a déclaré que les accusations de violences sexuelles commises par les policiers à l’encontre de Magomedov « ne correspondaient pas à la réalité ».